Réforme de la formation des enseignant·es menée à marche forcée : un torpillage des Licences et Masters de l'université et une remise en cause des concours de recrutement

Le 5 avril 2024, le président de la République a précisé les contours d'une nouvelle réforme de la formation des enseignant·es et des concours de recrutement, la quatrième depuis 2009. Cette réforme prévoit des changements importants pour l'INSPÉ mais aussi pour les UFR de l'UPEC dès la rentrée 2024 :

  • les nouveaux concours de recrutement étant placés dès le printemps 2025, de nouveaux modules dans les licences seraient à mettre en œuvre par les UFR dès septembre 2024 à partir d'informations qui seraient divulguées en mai 2024 par les ministères.
  • de nouveaux parcours de licence préparatoires au professorat des écoles (LPPE) préparant aux concours de recrutement du premier degré à partir de la rentrée 2025. Ces licences devraient fournir 80% des candidats. Pour le second degré, les licences disciplinaires seraient lourdement adaptées pour accommoder 30 ECTS en L2 et 30 ECTS en L3 de modules spécifiques. Pour le premier degré, de nouvelles licences pluridisciplinaires devront en outre permettre de préparer le concours de professeurs des écoles.

Une réforme menée à marche forcée qui laisse les étudiant·es et le personnel dans l'incertitude

Le gouvernement veut mettre en œuvre sans concertation une réforme qui déjuge complètement celle de 2019, pourtant portée par la même majorité et largement décriée à l'époque par les organisations syndicales qui n'avaient pas été entendues. Cette réforme est menée trop rapidement : alors que les annonces ne sont pas finalisées, les modules de licence devraient être construits dès juin pour être mis en œuvre à la rentrée. Rien ne justifie une telle précipitation alors que des concours en fin de M2 resteront ouverts jusqu'en 2025 ou 2026 (le flou n'est toujours pas levé par les ministères). Le calendrier de mise en œuvre est totalement irréaliste et sera source de souffrance pour les collègues concerné·es déjà épuisé·es par les multiples réformes. De plus, elle a déjà des conséquences sur nos étudiant·es : les parcours de préprofessionnalisation d’Assistant d'Éducation (AED) qui existent à l’UPEC vont être supprimés, ce qui inquiète légitimement nos étudiant·es qui n’ont pas d’information claire à ce jour. Par ailleurs, alors que le président de la République avait annoncé que les lauréat·es des concours recevraient un traitement de 1400€ dès le M1 (et 1800€ en M2), la ministre de l'éducation nationale a déjà revu cette annonce à la baisse : le traitement sera de 900€ (bruts ou nets, ce n'est pas précisé) mensuels en M1, soit sous le seuil de pauvreté. Tout ceci montre un grand mépris pour le personnel et les étudiant·es.

Une réforme qui remet en cause les concours de recrutement et risque d'hypothéquer l'avenir de milliers d'étudiants

Les étudiants issus de la licence PPE doivent, suivant les plans ministériels, représenter à terme 80% des candidats du concours externe 1er degré. Ils seront dispensés des épreuves écrites d'admissibilité s'ils réussissent des «tests» en fin de L1 et de L2. Que restera-t-il alors du concours de recrutement ?

Et par ailleurs, quel avenir pourront envisager, après 3 années d'études supérieures, les titulaires d'une licence aussi spécifique qui auront échoué au concours ? Les ministères n'ont pour l'instant aucune réponse à ces questions, ni en termes de passerelles, ni en termes d'accueil de ces étudiant·es non lauréat·es dans les master en INSPE ou ENSP.

Une réforme qui accentue le contrôle ministériel et menace la liberté académique universitaire

Ces nouveaux parcours et modules, mis en place à moyens constants, conduiraient à la fermeture de nombreuses licences actuelles. En Licence et en Master, la formation des enseignants devrait être «chapeautée» par une nouvelle structure : les Écoles Normales Supérieures du Professorat, dirigée par un·e inspecteur·ice général·e et contrôlée par les deux ministères MEN et MESR.

Ce contrôle va peser lourdement sur les formateur·ices intervenant dans la formation des enseignants. Dans les nouvelles licences de préparation aux professorat des écoles (LPPE), les contenus seraient imposés par des «maquettes nationales avec un degré de granularité très fin» (extrait d'un diaporama émanant du gouvernement) contrôlées par le MEN, avec des préconisations vraisemblablement réduites aux «bonnes pratiques d'enseignement», dépourvues de réflexivité et d'adaptation au contexte. La moitié des enseignements seraient assurés par des enseignant·es dans les premier et second degrés affecté·es à l'université pour 3 ans, dont on pourra facilement vérifier l'application des consignes.

Dans les masters qui accueilleront les lauréat·es des concours, les enseignants de l’Université ne représenteraient que 50% des formateur.ices et seraient «choisis» (par qui ?), ce qui s'oppose résolument à la liberté universitaire.

De même, les «modules spécifiques» des licences disciplinaires, qui devraient aussi être prêts pour septembre, peuvent annoncer une reprise en main des maquettes par le ministère de l'éducation nationale. Or la formation des enseignants et la diplomation doivent rester de la responsabilité des universités, et non de l'employeur (qui ne doit pas se substituer à celles-ci).

Cette réforme va profondément modifier le paysage des formations universitaires. Elle est pourtant menée sans concertation aucune, selon un calendrier irréaliste et sans affectation de moyens supplémentaires. Nous demandons donc à la Présidence de l'université et aux directions des composantes de l'UPEC de défendre le personnel de l'université en refusant une mise en place intenable de cette nouvelle formation des enseignant·es.

Le SNESUP-FSU de l'UPEC