1. Un contexte national sous tension
L’université française traverse aujourd’hui une période de profondes transformations, marquée par une contraction budgétaire durable, une montée du pilotage externe et une remise en cause croissante de certains principes fondamentaux qui fondent historiquement le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. La baisse continue des budgets alloués aux universités comme aux grands organismes nationaux de recherche — CNRS, INSERM, IRD et autres — fragilise la capacité des établissements à mener une politique scientifique stable, ambitieuse et indépendante. Dans le même temps, la multiplication des dispositifs de financement compétitifs, l’extension des logiques de contractualisation, ainsi que les transformations statutaires associées à des modèles tels que les établissements publics expérimentaux (EPEx), accentuent la dépendance des établissements à des orientations nationales de plus en plus centralisées et conditionnées.
À cette pression financière et institutionnelle s’ajoute une menace plus profonde encore : celle qui pèse sur la liberté académique. Les évolutions récentes du cadre politique et réglementaire, les tentatives de contrôle idéologique ou administratif, ainsi que certaines formes de surveillance ou de restriction des objets de recherche et d’enseignement constituent des signaux préoccupants. Dans ce contexte, défendre l’université, ce n’est pas seulement gérer des contraintes : c’est préserver sa mission fondamentale de production et de transmission libre des savoirs.
Parallèlement, la survalorisation croissante de la recherche partenariale et finalisée, souvent orientée par des intérêts économiques ou privés de court terme, tend à reléguer au second plan la recherche fondamentale, exploratoire ou critique. Si les partenariats peuvent constituer des leviers utiles, ils ne doivent en aucun cas devenir l’alpha et l’oméga de la stratégie scientifique d’un établissement public. Une université ne peut se réduire à un opérateur de compétitivité économique : elle doit demeurer un espace d’autonomie intellectuelle, de pluralité scientifique et de réflexion sur les grands enjeux de société.
2. Comment l’UPEC peut-elle résister ?
Face à ces évolutions, notre réponse doit être claire : l’UPEC doit choisir la collégialité, le projet collectif et la vision de long terme. Elle doit refuser les politiques de court terme dictées exclusivement par des impératifs d’adaptation externe, et reconstruire une stratégie fondée sur ses forces propres, ses personnels, ses laboratoires, ses étudiantes et étudiants.
Les mandatures précédentes ont montré les limites d’un pilotage parfois inconstant, marqué par des changements de cap et par des pertes importantes d’opportunités structurantes, comme en témoignent la perte des financements Pulse ou de deux EUR précédemment obtenues. Ce constat impose une réorientation fondée sur la cohérence, la transparence et la continuité.
3. Éléments de programme
- Défendre sans ambiguïté la liberté académique. L’UPEC inscrira la liberté académique comme un des principes de sa gouvernance. L’interdiction d’événements au sein de l’université ne peut être motivée par des injonctions de neutralité et de risque de troubles à l’ordre public. Elle doit défendre l’objectivité scientifique qui n’a pas pour vocation de refléter la diversité des opinions mais d’établir rigoureusement des faits empiriques et de les confronter aux élaborations théoriques. La légitimité scientifique ne peut relever que des pairs. De manière générale, elle doit garantir le libre choix des thématiques, sans pression extérieure.
- Refuser le pilotage exclusif par injonctions externes. L’UPEC défendra une recherche de qualité fondée sur la pluralité disciplinaire. Des axes structurants pourront être définis, mais sans marginaliser les autres thématiques ni imposer une hiérarchisation artificielle des savoirs. La stratégie scientifique doit soutenir l’émergence, l’originalité et la diversité.
- Redonner des moyens aux laboratoires. Nous remettrons du soutien de base dans les unités de recherche, afin de garantir leur capacité d’action, au-delà des seuls appels à projets. Les investissements de recherche (co-financements, jouvence scientifique, équipements, plateformes) seront renforcés.
- Lutter contre la précarisation. Nous porterons une politique de recrutement visant à obtenir des postes pérennes et à préserver le statut de fonctionnaire comme garantie d’indépendance. Cela implique une opposition claire à la généralisation de dispositifs fragilisants comme les chaires de professeur junior (CPJ), ainsi qu’un soutien à des trajectoires stables pour les personnels de recherche et d’appui.
- Renforcer les services d’appui à la recherche. La DRV devra être consolidée, avec une amélioration du suivi, de la communication et de l’accompagnement des projets. Les personnels administratifs et techniques doivent être davantage reconnus, stabilisés et titularisés.
- Master. Le financement des stages de M2 devra être rétabli afin de soutenir l’attractivité des formations, la qualité de l’insertion dans les laboratoires et la renommée de l’université.
- Doctorat. L’appui à apporter aux doctorants sera un point de vigilance, en particulier, via leur formation doctorale. En outre, un effort important doit être consenti pour une augmentation du nombre de contrats doctoraux via les écoles doctorales.
- Équité entre les laboratoires. Nous mènerons un bilan transparent sur les inégalités de traitement entre les laboratoires dans le but, en particulier, de renforcer leur autonomie vis-à-vis des composantes. Nous valoriserons également l’engagement des enseignants du second degré docteurs (PRAG/PRCE), notamment par des allègements de service permettant la publication et la poursuite d’une activité de recherche.
- Repenser nos outils stratégiques. Nous demanderons une remise à plat des appels d’offre internes, ainsi qu’un bilan transparent des bénéfices réels des dispositifs comme Aurora ou Erasme, afin de mesurer leur valeur ajoutée effective pour les communautés de recherche.
- Valoriser l’originalité scientifique et son rôle social. Nous voulons une UPEC qui affirme hautement que la recherche ne se limite pas à répondre à des appels ciblés, mais qu’elle participe pleinement aux débats de société, à la compréhension du monde, à l’innovation publique et à l’émancipation collective.
4. Notre approche
Construire une université qui ne subit pas, mais qui choisit. Une université capable de résister aux injonctions de fragmentation, de défendre ses personnels, de soutenir ses laboratoires et de faire vivre une recherche libre, exigeante et ouverte.